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Journal intime à destination de l'aimée
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Date de création :
11.06.2006
Dernière mise à jour :
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Transcendance : Liberté ou aliénation ?

Transcendance : Liberté ou aliénation ?

Posté le 11.06.2006 par Stephane
J[FONT=Courier][COLOR=blue][SIZE=7]
Il faut rappeler que la Transcendance est l'opposée de l'Immanence. L'immanence implique qu'il n'existe que notre monde, que sa réalité, et que tout procède de cette réalité. La transcendance implique elle l'existence de plusieurs mondes, ou entités, supérieures à la notre, qui peuvent agir sur nous, nous « voir », mais pas l'inverse.
En se référant à de nombreux articles, phylosiphiques, politiques, religieux, et à l'analyse de grands « penseurs », on en arrive infailliblement à cette question de liberté ou d'aliénation de l'être humain, que d'aucun donc appellent Transcendance, Absolu, ou Dieu.
Des « cultivés », « intelligents », et pas des moindres – Morin, Castoriadis – ont évacué toute notion de transcendance, notion qui pour eux priverait l'individu de toute possibilité de choix... Pour eux donc cette notion même de transcendance serait une aliénation. (nombreuses références à ce sujet).

Castoriadis écrit à peu près ceci dans « Domaines de l'homme » : « la possibilité même du choix et de la mise en question ne peut exister que dans les "cultures" ne se référant pas à une Transcendance, à un Absolu ; et donc : "L’idée (de transcendance) ne serait pas venue ni ne pourrait venir à l’esprit d’un croyant, qui n’a rien à choisir. Il a reçu une fois pour toutes la vérité et la Loi des mains de son Dieu et s’il se mettait à juger et à choisir à ce propos, il ne serait plus un croyant. Un véritable croyant n’a plus rien à juger et à choisir : il n’a qu’à croire et à aimer." Il n'a plus qu'à être immanentiste...

Revenons à cette notion d'  « Absolu » pour parler de transcendance. Alors, oui ou non, se réclammer d'un Absolu, d'une entité supérieure, implique-t-il une aliénation, une perte ou une absence de liberté ? Si oui, alors nous, humains fous, serions bien à plaindre... Mais la question doit cependant être posée : liberté ou aliénation ?
Il faut tenter d'y répondre : Transcendance (pas l'Absolu mais l'autre, notre lecteur commentateur) nous a demandé une réflexion sur cet Absolu, nous rappelant au passage les nietzschéennes pensées sur la Transcendance et nous invitant à les relire...

Nietzsche, puisque nous nous devions de parler de lui, protestait prophètiquement contre « la païenne volonté de puissance impuissante »... Il parlait de Transcendance comme projet à nier, mais projet selon lequel le monde occidental est impossible, selon lequel la « modernité » est innintelligible... et en allant plus loin, selon lequel Nietzsche lui même est impossible. Nietzsche est un pur produit de l'union judeo-chrétienne, qui explose littéralement de « transcendance ». Dans sa protestation, Nietzsche se détache, masqué et costumé, sur fond de masse dionysiaque. Acteur. Acteur historique. Acteur personnel. Surencombré de soi. Hyper individualisé. Super-Socrate. Proclamant au monde et à l’histoire son Devoir-être ! la nietzschéenne possibilité du surhomme !

Nous nous devons d'abord d'admettre qu'il nous est impossible de discuter ou d'argumenter de l'existence ou non de la Transcendance. Nous partirons donc du principe selon lequel elle existe ! Car en nier l'existence, à mon sens et à celui de « penseurs » au clan desquels je n'ai pas la prétention d'appartenir, reviendrait à dire qu'il n'existe pour l'homme que des choix somme toute relatifs, et deviendrait alors relatif le choix même de Castoriadis par exemple, plaidant pour une démocratie plutôt qu'une dictature ou un facisme. Il nous est bien plus confortable en effet d'adopter la pensée transcendantale, de penser que le choix de la démocratie face au facisme est universel, et non relatif. Nous admettons donc l'universalité de choix, nous adherons à la Transcendance.
Et en adoptant ce principe de transcendance existante, nous rejoignons alors Castoriadis dans une de ses pensées : il n'y a pas liberté mais universalité de choix dans toutes nos orientations politiques, géographiques, économiques, humaines. Cette universalité de choix et les orientations qu'elle implique ne fait pourtant pas de nous des « moutons », encore moins des anarchistes ou autres communistes...
Et si la Transcendance existe, pouvons nous la choisir, avons nous cette liberté ? Oui ! Car choisir la Transcendance ne nous oblige nullement à l'aimer ! Mais alors, après avoir exercé librement ce choix d'adhérer à la Transcendance, à l'absolu, allons-nous perdre notre liberté ? Il faut d'abord se reculer de la notion d'Absolu en tant que Dieu, entité supérieure et autre. Si la Transcendance est ramenée à cet état, elle est alors comme le dit Castoriadis (et donc tout un chacun refusant la transcendance en fait) une privation totale de liberté du choix. Nous ne sommes pas tous croyants. Ne nous situons donc pas dans cette position de croyants ! Et choisissons la Transcendance pour ce qu'elle ne se fond pas nécessairement dans le cadre de nos religions officielles. Je l'ai dit, la transcendance ne nous oblige nullement à l'aimer. Un dieu, Absolu, sans nous y obliger non plus, nous y invite lui tout de même fortement !!

Notre liberté ne s’arrête pas le jour où nous "acceptons" la Transcendance. Nous sommes toujours capables de résister. Notre liberté devient fortement limité quand nous choisissons un dieu. Nous choisissons la Transcendance sans qu'on nous y oblige ; nous le voulons, LIBREMENT, pas sans avoir quelquefois les deux pieds arc-boutés pour ne plus avancer, par lâcheté, renoncement passager, faiblesse, manque de courage... un reste de liberté de choix...

Alors pourquoi refuser l'Absolu, la Transcendance ? Devrions-nous par tous moyens convertir ceux qui s'y soustraient ? Non ! Toute conversion forcée, à quelque Absolu que ce soit, est néfaste pour l'humanité, et ne peut mener qu'à ces horreurs dont sont remplis les musées. La Transcendance conduisant à l'universalité du choix ne doit pas conduire en plus à son uniformatisation et à sa systématisation. Et comme toute « vérité existante », elle ne peut trouver sa force justement que dans ceux qui la réfutent, la rejetent. L'exception confirmant la règle, la règle générant l'exception... Je réfute quant à moi l'idée selon laquelle, par exemple, en se référant à la Transcendance, un « chrétien » n'aurait plus rien à choisir. Si j'accepte le choix « universel », je refuse pardoxalement et totalement son unification forcée et toute autre forme d'unité et de monde standardisé et synthétifié. Choix universel oui, mais liberté d'adhérer ou non à cette universalité. Nous avons voulu la Transcendance, acceptons en les conséquences. Mais ne les subissons pas. Et soyons réalistes ! Pas de conversion forcée à mettre en place: tout le monde, un jour ou l'autre (même moi, même notre cher lecteur « transcendance ») en arrive à vivre comme tout le monde... Nous finissons donc tous par opter pour la Transcendance, pour le choix universel, pour la démocratie, pour l'Amour... Et c'est bien parce que nous ratifions ces principes universels que nous restons libres. Nous adhérons lucidement, en connaissant buts, moyens et finalités...

Il n'y aurait donc pas d'issue, pas de réponse à la Transcendance, pas de liberté ou d'aliénation ?

Kant se donne lui pour objet de fonder une philosophie transcendantale, dirigée non pas tant sur la réalité, que sur les structures des représentations que nous nous en faisons. Ces structures sont des formes a priori indépassables dans le cadre d'une théorie de la connaissance. Toute transcendance est alors le devenir d'une dialectique de la raison, une illusion qui vient du besoin de s'élever au-dessus du donné. En suivant Kant, la Transcendance est donc une totale liberté, puisqu'illusoire, ou résultante d'une illlusion. Rien n'est plus libre que l'illusion, plus personnelle, plus relative... On sort donc là du schéma de l'universel...
La Transcendance serait donc la liberté d'échapper à l'Immanence, la liberté de refuser le « donné », l'acquis... Il apparaît que le besoin de créer le concept métaphysique de « transcendance » soit né dans la pensée grecque en réponse aux difficultés qu’éprouvait alors la parole philosophique face au caractère perpétuellement changeant de la réalité du monde sensible. La Transcendance devenait une possibilité de dire le vrai. Cette notion apparaît déjà dans les écrits de Platon, ou d'Aristote même : une possibilité discursive de dire le vrai . Hegel lui (et Aristote en moindre mesure) parlait de Transcendance comme échappatoire aux termes maître/esclave issus de l'autorité immanentiste. Ainsi donc on en revient à la Transcendance Liberté.
Où se cache l'alienation ? Dans le concepte de béance ? Car la Transcendance peut être assimilée à une béance... cette vision (que réfutent Castoriadis ou Morin) d'universalité du choix conduit en effet à voir la Transcendance comme une adhésion béate à des préceptes – religieux ou non – édictés par des entités sinon supérieures, du moins inaccessibles...

Les immanentistes considèreront donc la transcendance comme une aliénation. Les adhérents de la transcendance la considèrerons comme une liberté... A son origine se trouve un désir, libre : dire la vérité sur le monde, le vrai, le bien et le mal... Mais nous devons aussi garder à l'esprit qu'il existe deux sortes de transcendances : une issue de l'histoire, très Platonicienne, et une autre, imaginaire. L'imaginaire ne manquant pas de se développer quand nous analysons la première... et l'imaginaire n'est-il pas la plus grande liberté de l'homme ?



Je concluerai en me posant cette question : si la transcendance etait tout simplement un point de vue pour envisager l'immanence, son opposée ? Bertrant écrit : « L'immanence occupe dans notre imaginaire théorique une place particulière. Elle représente le danger du désordre; elle est associée à la violence, au déchaînement de l'animalité. En effet, et singulièrement dans la pensée politique, il y a une phobie de l'immanence parce qu'elle est souvent représentée sous la figure de l'état de nature, celle de la guerre de tous contre tous... » N'y-a-t-il pas un danger à laisser l'être humain livré à lui-même; un risque de retour de la violence ou de retomber dans notre nature animale d'où la civilisation nous a arraché. C'est sur cette peur de l'homme, de la violence que les philosophies de la transcendance ont pu s'imposer et récuser toute pensée de l'immanence. En critiquant les institutions, les choix universels, la transcendance, sans rien proposer, on laisse libre cours aux passions, aux intérêts et aux émotions ; c'est ouvrir la voie au désordre, à la désorganisation sociale, à une forme d'anarchie ou de nihilisme dont le danger ultime est le retour de la société totalitaire : nazisme ou communisme ? J'adhere à cette vision de Bertrand...
Le précheur de l'immanence, négationniste de la transcendance, se prive du choix au nom duquel il revendique son refus : le choix d'observer en le combattant ou non, l'affrontement des forces d'un monde donné, acquis, qui ne laisse que ruines la bataille une fois appaisée... Le négationniste de la Transcendance refuse de croire que ces ruines soient un autre fruit que celui de l'idée d'Homme...
La Transcendance est la liberté du choix universel, la liberté de ratification des valeurs... En ce sens, importe t-il vraiment qu'elle nous conduise à admettre l'existence d'autres mondes, d'autres entités ? Puisque nous avons le choix d'y adhérer ou non, d'y résister ou non...



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