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La roulotte est là depuis hier... Oui une roulotte. Tous les gitans, tous les nomades ont aujourd'hui une caravane rutilante, mais pas eux... Eux sont restés à la roulotte. Les deux chevaux gris sont là aussi, comme sortis d'un rève, d'un conte.
Il y a la fumée acre, qui monte droit vers le ciel, la fumée du feu de bois mouillé... Le jour se lève à peine. Tout alentour est encore engourdi, plein de la nuit qui s'achève. Un vieux gitan, assis dans l'herbe, lance dans le jour naissant des éclairs de lumière : la lame agile du couteau taillant une branche, pour en faire on ne sait quoi... Qu'elle importance. Le tableau est beau, magnifique, resplendissant de vie.
C'est alors que je les vois, moi le marcheur matinal. Je suis passé ici par hasard, chassant en pas les brumes de mon insomnie. Et je les vois...
Deux papillons, qui virevoltent.
La plus petite à quoi ? 3, 4 ans à peine... Elle court avec une telle légereté qu'elle ne semble même pas toucher le sol. Son teint mat tranche avec le blanc du vêtement qui l'habille. Sorte de chemise longue, de ces chemises de nuit que portaient les enfants d'un autre siècle. Elle doit s'appeler Angele, ou Lina, à moins que ce ne soit Esméralda...
Elle s'arrête, repart... Les pieds que l'on devine nus, bien que cachés par les herbes folles, portent le petit corps dans les nuages des poussières des graminées qu'elle dérange... Elle va, vole, petit ange.
Un rire comme le chant d'une cascade... c'est son frere, son cousin sans doute... il la rejoint dans sa course. Visage mat aussi, fendu du rire que j'entends chanter. Un rire aux dents éclatantes, un rire enchanteur... Petit gitan poursuit sa soeur...
Un premier, puis un deuxième papillon, vrais ceux là, décollent. Lourds de rosée, lourds de sommeil. Ce sommeil après lequel je cours sans jamais le rattrappé, et qui ce matin m'a conduit ici, au bord d'une route, d'un chemin forestier.
La lame du père a fini son travail. La branche est taillée. Je le vois vers le feu s'avancer... Il secoue ce qu'il y a de braises à réveiller, puis lentement se rassied, la branche posée à ses côtés. A quoi servira t-elle ? A rien sans doute... Le vieux gitan pour se distraire seulement l'a taillée. Il passe sa main sur son visage rongé de barbe brune... Je ne l'entends pas mais devine le crissement des poils reches et durs...
Je le quitte un instant du regard... Là bas, loin dans le champs, la cascade a encore chanter... A son chant se mèle un autre, cristalin, leger comme les sons du clavecin... Esméralda rit, vole toujours, pieds nus dans les herbes qui s'animent à son pas léger. Un lapin s'ébroue sans doute en la regardant passer, un faisan majestueux se prépare à s'envoler... la chouette rentre au clocher accomplir sa diurne reposée...
Et moi ?
Je reste là, immobile, et me repais du tableau que le matin m'a déssiné.
Ce matin j'ai vu les enfants de rosée.